Faire découvrir à des élèves de 4e l’histoire des sociétés amazighes d’Afrique du Nord à travers le prisme du corps : c’est le choix qu’a fait Souaad Oulkebir, étudiante en master 2 d’Histoire publique, en imaginant une séquence autour du tatouage traditionnel amazigh (tiggäz / ticṛaḍ).
Paroles de femmes
Le parcours commence au Cinémas du Palais de Créteil, avec la projection du documentaire Ticṛaḍ d’Idir Benchabane. Les élèves y découvrent des femmes kabyles âgées, tatouées très jeunes, qui racontent ce que ces marques signifiaient pour elles : un passage vers l’âge adulte, une parure, parfois aussi une manière d’éviter la maladie ou de conjurer le mauvais œil. Pendant la séance et suite à l’échange avec le réalisateur, plusieurs jeunes font le lien avec leur propre histoire familiale. Certains disent avoir déjà vu ces motifs, sans jamais avoir osé en demander le sens.



Explorer une pratique ancestrale
L’atelier, conçu dans le prolongement de cette projection, s’inscrit dans une démarche de découverte guidée, notamment grâce à l’intervention de la sociologue canadienne Myriam Laabidi. À l’aide d’un livret pédagogique, les élèves découvrent les Amazighs, peuples autochtones d’Afrique du Nord, et comprennent les grandes fonctions du tatouage traditionnel. Ils appréhendent les motifs géométriques et leurs symboliques : protection, fertilité, résilience, foyer, élan, etc. Peu à peu, ils comprennent que ces signes constituent un véritable langage, aujourd’hui en grande partie effacé par la modernisation et par le conservatisme religieux.



S’initier au tracé des motifs
Enfin, avec l’artiste Shaïma Abbassi, les collégiens passent à la pratique en expérimentant le henné. Après avoir découvert la manière de préparer cette pâte colorante et les usages qui y sont liés, ils comprennent aussi comment le henné est devenu, au fil du temps, une alternative au tatouage traditionnel amazigh. Sur support plastifié puis, pour certains, directement sur la peau, ils reproduisent des motifs ancestraux et s’initient aux gestes du tracé.



En trois temps (voir, comprendre, expérimenter) les élèves ont eu accès à une histoire absente des programmes scolaires français et à une mémoire en sursis, fragilisée notamment par l’évolution des modes de vie et par le poids du discours religieux.
Livret réalisé par Shaïma Abbassi, Mayasanaa et Souaad Oulkebir.
Photographies : © Laurie Bisceglia

