Un Festival d’Histoire populaire, ludique et inclusif
Pour la première fois un festival d’histoire va avoir lieu à Créteil les 7 et 8 juin 2024 dans plusieurs lieux de la ville : Université de Paris-Est Créteil (UPEC), Archives Départementales du Val-de-Marne, Cinéma du Palais, Médiathèque de l’Abbaye – Nelson Mandela. Depuis le début de l’année 2023, un collectif de chercheurs et de chercheuses de disciplines diverses (histoire, sociologie, linguistique, géographie) s’emploie à créer un festival d’histoire populaire.
Dans un paysage médiatique où l’histoire semble souvent se réduire à celle des puissants, ce festival d’histoire, au contraire, place en son cœur une histoire populaire. C’est-à-dire une histoire qui étudie les groupes sociaux les plus dominés et invisibilisés des sociétés pour des raisons économiques, pour des raisons de mobilités ou de migrations, pour des raisons de domination culturelle, de discriminations liées aux origines, aux façons de s’exprimer ou aux orientations sexuelles.
Engagé dans cette démarche d’histoire publique, le festival promeut des formes de médiations par tous·tes, de tous·tes et pour tous·tes : dispositifs scéniques, ludiques, artistiques, interactifs, tables rondes, débats, conférences… Au-delà des 7 et 8 juin, le festival, en associant chercheur·euses, habitant·es, enseignant·es et scolaires, artistes, archivistes et associations autour d’une série d’enquêtes au long cours, se déploie sur toute l’année scolaire, engageant des dialogues inédits entre l’Université et la ville. C’est donc une identité « populaire » déclinant cinq traits principaux – inclusion, mixité spatiale, co-construction, médiation, revisibilisation – que ce festival donne à voir et à penser.
Le FHP#1 : Paroles populaires
Pour cette première édition, le festival s’intéresse aux paroles, aux voix populaires. Cette démarche de retrouver les voix populaires n’est certes pas nouvelle. Bien des historien·nes se sont efforcé·es, tant bien que mal, de sortir de l’oubli ou de l’effacement les mots des « vaincus » ou des « subalternes ». Les obstacles sont nombreux, matériels, intellectuels, politiques. Il a fallu attendre les « Archives de la
Parole » de Ferdinand Brunot en 1913 , pour que la voix d’un ouvrier parisien soit collectée, enregistrée et conservée comme une archive. Le territoire de ces archives sonores populaires n’a depuis cessé de s’étendre et d’enrichir notre compréhension de l’histoire, par le bas. L’histoire orale – par exemple ouvrière, paysanne, coloniale et post-coloniale – permet d’accéder aux expériences les plus intimes.
Quant aux écrits des classes populaires et des subalternes, ils sont relativement rares avant l’accès à l’alphabétisation de masse, atteinte à la fin du XIXe siècle dans le cas français. Celles et ceux qui ont pu prendre la plume avant cette époque sont par là même sortis de leur condition. L’acte d’écriture était alors en soi un scandale, notamment pour ces « prolétaires » du XIXe siècle qui, la nuit tombée, après une rude journée de travail, osaient lire, écrire, penser un autre monde possible.
Mais les historien·nes peuvent accéder autrement aux voix populaires, y compris pour des périodes très anciennes. Ces voix surgissent de contextes où elles sont consignées, couchées par d’autres sur le papier : des témoignages ou des interrogatoires de procès, des doléances, des requêtes. Elles peuvent être déléguées à des porte-parole ou à des porte-plumes. On peut aussi trouver des fragments d’écrits populaires sur des supports inattendus : graffitis incisés dans la pierre ou tracés sur les murs, au charbon ou à la craie, inscriptions griffonnées sur des planches de bois, voire des morceaux de tissus.
Le festival d’histoire populaire de Créteil donnera chair à ces paroles populaires, plurielles, qu’elles aient été énoncées en temps ordinaire ou en temps de guerre ou de révolution. Des cris, des chansons, des proverbes, des slogans, des bribes de conversations, des fragments de récits ou au contraire des discours très élaborés. Des paroles qui reconduisent ou s’accommodent de la domination, ou au contraire des voix qui portent haut et fort le langage de la révolte et de l’insoumission. Des paroles inscrites dans une histoire très proche et très locale ou au contraire sur la très longue durée et à une échelle globale.


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